Abstract
<jats:p>Le Moyen Âge a utilisé des diagrammes de toute forme en tant qu'outils cognitifs. Parmi eux, le graphique circulaire (qualifié de roue, ou « rota », dans son appellation médiévale) vaut, de manière plus englobante, comme une figuration de toute opération mentale. Le succès de ce modèle graphique de la roue dérive du début du livre biblique d'Ézéchiel, connu sous le nom de « Vision du char » de Yahvé, où le prophète voit apparaître un être à quatre têtes (d'homme, d'aigle, de lion et de veau), monté sur une roue, puis deux, puis quatre, qui sont mues en un mouvement perpétuel et centrifuge. L'image, qui a beaucoup intrigué les pères de l’Église, a servi à illustrer la concordance entre l'ancien et le nouveau Testament, et aussi la relation entre l'Écriture et son lecteur. Cette idée, reprise et développée par les savants médiévaux est comprise, au-delà de sa visée exégétique, comme un modèle de tout processus interprétatif. L’enquête sur ces "rotae" s'est efforcée de suivre la réception de cette première Vision d’Ezéchiel à travers une série de commentaires chrétiens jusqu’au xiv e siècle, en cherchant toujours, conjointement, la matérialisation de ces commentaires dans le domaine visuel. Cet ouvrage, en accordant, autant que possible, une part égale aux textes et aux images, veut restituer toute sa densité à une histoire culturelle capable de mettre en contact étroit histoire intellectuelle et histoire visuelle.</jats:p>